NOURRITURE VERTE ET REGIME MIXTE

Le lapin possède un estomac d'un volume relativement très développé et la longueur de ses intestins est considérable. C'est ce qui fait qu'il peut arriver â se nourrir avec un régime ne comportant que des aliments verts, c'est-à-dire des aliments dont il est nécessaire d'absorber une grande quantité pour trouver le nombre voulu de principes nutritifs. 

Les aliments verts que le lapin arrive à utiliser avec profit sont très nombreux, ce sont au premier chef un grand nombre de ces plantes naturelles que l'on appelle du nom de mauvaises herbes "et qui poussent dans les jardins et les champs cultivés. Parmi celles-ci un certain nombre sont très recherchées des lapins et ont un pouvoir nutritif très appréciable.

Citons notamment le séneçon, les liserons (de toutes les variétés), le plantain, les laiterons, les pissenlits, le fumeterre, la coronille, le médiat, le coquelicot, la moutarde noire (qu'on appelle aussi sanve), la jeune armoise.

Les plantes aromatiques telles que le thym, le serpolet et la marjolaine sont aussi très appréciées des lapins et très recommandables. Elles présentent des propriétés antiparasitaires qui ne sont pas négligeables comme le thym, notamment par l'acide thymique qu'il contient.

Les jeunes pousses des arbres sont aussi volontiers acceptées par les lapins : Parmi elles citons les branches de genévriers qui renferment des principes aromatiques et les pousses des saules qui contiennent de l'acide salicylique dont on connaît les vertus désinfectantes.

Signalons enfin que les écorces des arbrisseaux sont elles-mêmes consommées par les lapins. Malgré leur iode teneur en cellulose, elles sont suffisamment assimilées par les lapins pour que ceux-ci les recherchent. Ils y trouvent en outre un aliment de grand volume et peu aqueux qui aide au bon fonctionnement de leur digestion. C'est d'ailleurs la raison qui fait que les lapins en liberté causent de réels dégâts dans les jeunes bois, alors même qu'ils peuvent trouver ailleurs une nourriture plus agréable et plus facilement assimilable.

Si de très nombreuses plantes naturelles sont recherchées par les lapins, la plupart des légumes cultivés pour la consommation humaine, leur sont également favorables : carottes, topinambours, choux de toute nature, salades vertes telles que chicorée sauvage ou améliorée, pissenlits. Ajoutons encore le persil, le cerfeuil, le céleri.

Les fourrages verts sont également à mentionner: luzerne, trèfle, sainfoin, anthyllis, vesces, l'herbe de prairie naturelle aussi, quoique moins appréciée et moins nutritive.

Aliments sans valeur

Si les aliments verts utilisables, sont comme vous le voyez, très nombreux, il ne faut pas en déduire que toutes les verdures présentent un intérêt alimentaire pour les lapins. Sous ce rapport, leur goût sera presque toujours pour vous un guide assez sûr : les lapins, notamment, ne mangent pas les pois ni les haricots verts, ni à plus forte raison, les épluchures de ceux-ci ; les salades blanchies (chicorées, romaines, Iahues), les feuilles de betteraves sont des aliments trop aqueux et sans valeur alimentaire. Les fanes de pommes de terre ne sont pas consommées par eux.

En outre, en dehors des herbes naturelles que nous avons signalées, un très grand nombre sont sans intérêt alimentaire, quoique cependant la liste que nous avons donnée ne soit pas limitative et qu'un certain nombre d'autres plantes, variables suivant les régions et les climats, puissent leur être distribuées ; nous ne pouvons ici en faire une énumération complète, mais on pourra se conformer utilement pour cela aux usages locaux de chaque région.

La question des intoxications alimentaires

Nous venons de dire qu'un grand nombre de plantes ne présentaient pas de valeur nutritive pour les lapins. Nous devons maintenant étudier quels sont sur eux les effets possibles des plantes considérées comme vénéneuses.

Cette question présente un intérêt pratique considérable, car bien des éleveurs se donnent un souci constant pour éviter toute erreur au moment de la cueillette des herbes et pensent qu'un triage sévère s'impose avant chaque distribution. Certains éleveurs plus scrupuleux encore vont même jusqu'à trier l'herbe qui provient de fauchage dans des prés ou des pâturages artificiels dans la crainte qu'il ne s'y trouve mêlé quelque brin de ciguë ou de mouron rouge.

Nous allons donc examiner avec vous cette question des herbes vénéneuses dont il est si souvent question et dont la crainte complique tant parfois le travail des débutants.

Nous pensons que la crainte extrême que certains éleveurs professent à l'égard des plantes vénéneuses vient certainement du fait que les lapins sont plus que les animaux d'autres espèces soumis assez fréquemment à des morts rapides. Un lapin qui, la veille, semblait en parfaite santé est trouvé raide mort le lendemain. Faute d'en connaître la raison réelle, l'éleveur a tendance à déclarer à priori : c'est qu'il a été empoisonné.

La rapidité de ce trépas rend en effet plausible cette hypothèse, ainsi d'ailleurs que la susceptibilité de l'organisme du lapin vis-à-vis de certaines substances : chacun sait la rapidité avec laquelle on tue un lapin en lui faisant absorber une quantité d'alcool relativement peu importante : la moitié d'un verre à madère d'alcool foudroie un lapin adulte.

Les herbes vénéneuses

N'est-il donc pas logique de penser que le lapin est également sensible aux poisons végétaux ? A ceci nous répondrons que les morts subites se produisent aussi bien en hiver qui pourtant est une période où les lapins, ne recevant aucune herbe fraîche, ne courent donc aucun risque d'empoisonnement.

En effet, il est reconnu que les herbes considérées comme vénéneuses perdent leurs propriétés toxiques par le fanage.

Mais si nous avons remarqué que les morts subites sont au moins aussi fréquentes en hiver qu'en été nous n'avons d'autre part jamais pu constater que l'ingestion des plantes considérées comme toxiques ait pu déterminer la mort ou même un simple état de malaise chez le lapin.

Les plantes vénéneuses les plus répandues sont les suivantes : la ciguë, l'euphorbe appelée communément" réveille-matin ", le mouron rouge et la mercuriale. Or nous pouvons rassurer entièrement les éleveurs débutants relativement aux effets de ces plantes, en leur signalant que nous avons pu constater à plusieurs reprises que des lapins, qui en avaient ingéré des brindilles assez volumineuses, n'en ont nullement été incommodés.

Nous avons également observé que des lapins abandonnés en pleine liberté grignotaient de temps à autre ces végétaux et que leur instinct ne les mettait pas en garde à leur égard.

La question de l'herbe mouillée

Un autre danger très souvent évoqué est celui de l'herbe mouillée. Bien des éleveurs pensent qu'elle en présente un très sérieux, car l'herbe mouillée a tendance à fermenter ce qui peut amener la météorisation du lapin. Chaque fois que l'on trouve un lapin mort et présentant des intestins gonflés et tendus, on suppose que l'herbe mouillée en est la cause. Mais là aussi nous dirons que ces cas de morts avec distension des intestins apparaissent fort bien chez des lapins nourris avec une alimentation sèche.

En outre l'herbe mouillée ne fermente que si on l'entasse après la récolte et si on la laisse séjourner ainsi quelque temps. Évitez donc cette cause de détérioration des aliments et prenez soin lorsqu'il a plu de faire la distribution de l'herbe aussitôt après qu'elle a été fauchée. Un usage constant nous a prouvé que ce procédé était sans danger. Toutefois, une juste mesure doit être comme en toute matière observée ici, et chaque fois que vous le pourrez, choisissez pour récolter l'herbe un moment aussi propice que possible, soit que vous le fassiez plus tôt lorsque la pluie menace, soit au contraire que vous attendiez après sa chute que l'herbe se soit un peu essuyée.

 

Inconvénients possibles du régime vert

Une opinion fort courante qui, si elle renferme comme nous le verrons, une part de vérité indirecte, n'est cependant nullement fondée en réalité, c'est que la nourriture verte est un danger pour les lapins et qu'ainsi qu'on le pense de l'herbe mouillée elle est capable de les faire se météoriser et périr.

Aussi certains éleveurs méticuleux évitent-ils soigneusement de récolter certaines herbes parmi les plus aqueuses et s'astreignent-ils aussi à faire faner un peu la verdure destinée aux lapins en la cueillant à l'avance.

Ces précautions peuvent avoir leur raison d'être lorsqu'on veut nourrir des lapins exclusivement à l'herbe, car il est évident qu'alors, pour se nourrir suffisamment, ils sont obligés d'en absorber une quantité très considérable et que, par conséquent, ils ingèrent une quantité d'eau qui peut devenir excessive et provoquer des désordres digestifs.

Mais, ceci mis à part, vous pouvez être assurés que les plantes aqueuses (telles que les laiterons, la fumeterre, par exemple) très recherchées par les lapins, n'ont par elles-mêmes aucune action néfaste et qu'il n'y a aucun inconvénient à les donner même toutes fraîches si le régime est par ailleurs varié et bien équilibré.

Le régime mixte

En réalité, le régime vert exclusif, s'il a l'avantage d'être économique pour ceux qui comptent la main d'œuvre comme étant sans valeur, présente l'inconvénient d'être peu nutritif et ne peut à lui seul donner une croissance extrêmement rapide. En faisant entrer une certaine dose d'aliments concentrés dans le régime journalier, vous en accroîtrez sensiblement la rapidité. Vous simplifiez en effet le travail de l'organisme en lui présentant sous une forme ramassée, des éléments nutritifs qu'il serait obligé de demander à des aliments beaucoup plus pauvres et qui l'obligent à absorber et à digérer des aliments d'un volume au moins dix fois plus considérable.

II en résulte certainement un surmenage des organes digestifs qui fournissent trop de travail sur des aliments pauvres et l'organisme n'est pas ainsi amené à utiliser toutes les facultés d'assimilation dont il dispose. Il y a donc perte de temps.

En outre, cette surcharge de l'appareil digestif par des aliments verts et gorgés d'eau (même lorsqu'on les laisse faner avant la distribution) n'est pas sans inconvénients. Les fermentations seraient beaucoup moins à craindre si le régime comportait à la fois verdure et aliments secs en équilibre harmonieux et raisonné.

L'estomac, en outre, a besoin pour fonctionner normalement, d'avoir à malaxer des aliments d'une certaine consistance qu'une nourriture verte exclusivement ne saurait lui fournir.

Enfin, et ceci est très important, un animal nourri exclusivement à la verdure, même s'il présente une assez bonne croissance, n'aura jamais la robustesse de constitution et la résistance aux maladies de celui qui aura reçu dans son régime une proportion convenable d'aliments concentrés.

D'ailleurs le travail de la digestion et de l'assimilation sera d'autant plus efficace que l'effort qu'on lui demande est plus varié. L'estomac n'est point une machine faite pour se limiter à un travail toujours le même. C'est un organisme dont le rendement sera d'autant meilleur que les efforts qu'on lui demande seront plus variés.

Nous dirons donc en conclusion que le régime vert exclusif est possible, mais que le régime mixte est nettement préférable.


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