LES ORIGINES DU DINDON

De nombreux auteurs avicoles ont essayé de trouver la patrie d'origine du dindon. Pour certains (comme Belon), l'Afrique est le continent d'origine du dindon, mais ces auteurs ont confondu le dindon avec les «poules africaines», c'est-à-dire avec les pintades ! Le nom scientifique du dindon (Meleagris gallopavo) a entretenu la confusion car le nom scientifique de la pintade est Numida meleagris.

D'autres auteurs, plus nombreux encore, ont vu dans l'Asie le continent d'où vinrent les dindons.

Un auteur du XIXème siècle, Mariot-Didieux, vétérinaire très titré de la garde de Paris, écrit en 1854 dans son Guide de l'éleveur de dindons et de pintades : «C'est vers l'année 1432, sous le règne de Charles VII, que le dindon fut introduit en France sous le nom de poule de Turquie (Gallinoe Turcicoe). L'auteur du Traité de la police, Delamarre, assure que ce bienfait est dû aux soins de Jacques Cœur, le célèbre négociant de Bourges, qui fut l'un des premiers Français qui ait entrepris d'aller trafiquer dans le Levant. » II ajoute : « Un préjugé très répandu attribue aux missionnaires jésuites le mérite d'avoir doté l'Europe de ce bel oiseau ; cette prétention n'est nullement fondée, car il est certain qu'il était répandu en France avant la fondation de cet ordre puissant. L'épithète de jésuite donnée au dindon ne saurait donc se rapporter à son origine ni au fait de son introduction chez nous. Elle vient plutôt, si tant est qu'elle ait une raison quelconque, de son esprit de domination au milieu de la basse-cour.»

Précisons que Charles VII vécut de 1403 à 1461, Jacques Cœur de 1395 à 1456, et que l'ordre des jésuites fut fondé en 1539.

Mariot-Didieux écrit encore : «L'histoire rapporte comme un fait digne de remarque, que le premier dindon rôti fut servi sur la table de Charles VII. Bouche, historien de la Provence, veut que nous soyons redevables du dindon au roi René, mort en1480 ; il les nourrissait au lieu dit la Galinière, près de Rosset, selon la tradition du voisinage : cette opinion n'enlève pas à Jacques Cœur l'honneur de leur importation. »

D'autres écrivains assurent que le dindon fut introduit sous le règne de François Ier (1515-1547) par l'amiral Chabot, ce qui est plus probable : nous en donnerons des preuves plus loin.

Certains (comme J. Sperling dans sa Zoologia physica) affirment que le dindon est le résultat de l'accouplement entre un coq et un paon, théorie prétendument confirmée par une partie du nom scientifique du dindon, gallopavo signifiant coq (gallo) et paon (pavo). Mais cette théorie est fausse pour de nombreuses raisons dont la principale est que l'éventuel hybride issu de cette union serait infécond, ce qui est loin d'être le cas pour le dindon.

Un correspondant allemand du Journal des connaissances usuelles et pratiques, F. Schmidt, de Stuttgart, «naturaliste et agronome distingué, qui a voyagé avec fruit dans les deux hémisphères», émet dans son courrier d'octobre 1826 une autre hypothèse, à savoir que le dindon aurait deux origines : l'Amérique et les Indes. Voici ce qu'il écrit : «Il n'y a pas là tant de certitude à maintenir que nous devons les coqs d'Inde à l'Amérique exclusivement ; et je suis porté à croire qu'il n'y a que la race cuivrée dont ce continent nous ait fait cadeau. Les races marquetées, que nous avons généralement sur le continent, paraissent originaires de deux espèces ou variétés blanche et noire, qui nous sont probablement venues des Indes orientales, et dont la chair et les habitudes ne sont point comparables à la première. Il y a plus : en Amérique même, je n'ai jamais entendu dire que les coqs d'Inde marquetés soient originaires de ce continent ; et de plus, l'on prétend qu'ils sont venus d'ailleurs.»

Les méprises ont toujours une origine. Témoin cette anecdote qui a failli prouver que les dindons avaient atteint notre continent au XIIème siècle ou plus tôt et que narre François Popelin (« Le dindon », Ethnozootechnie n° 49). «Dans la cathédrale de Schleswig, en dessous d'un Massacre des innocents, une frise s'est vu doter en 1890, par une restauration trop généreuse, de quatre dindons et de quatre renards, ce qu'a reconnu le restaurateur, indiquant qu'il avait choisi ces animaux pour stigmatiser le caractère d'Hérode, et cela sans penser au problème d'anachronisme. Une nouvelle restauration, en 1936-1937, a surenchéri en remplaçant les renards par quatre nouveaux dindons. Ce n'est guère qu'en 1938 qu'on s'est avisé que ces volatiles avaient été indûment placés sur une fresque du XIII ème siècle.»

Tous les écrits précédents sont autant d'erreurs : le dindon est originaire des Amériques. Les faits suivants tendent à le prouver.

En 1502, lorsque Christophe Colomb aborde les côtes du Honduras, il découvre de nombreux oiseaux inconnus dont de «grosses poules avec des plumes comme une sorte de laine». La petite histoire nous rapporte que Christophe Colomb fut le premier Européen à avoir vu des dindons et à en introduire sur notre continent. Ce n'est peut-être pas vrai, car Pedro Alonso Nino, en 1499, ou Vicente Yànez Pinzôn, en 1500, ont pu rencontrer des dindons au Venezuela et en rapporter en Europe. Quoi qu'il en soit, le dindon fut introduit en Europe dès le début du XVIème siècle et s'y répandit rapidement.

Les preuves de l'origine américaine du dindon sont nombreuses ;

- les plus anciens fossiles d'oiseaux ressemblant à des dindons ont été trouvés en Amérique. Ces fossiles datent de plusieurs millions d'années ;

- aucun fossile ancien de ce genre n'a été trouvé sur un autre continent ;

- avant le XVIème siècle, la littérature avicole n'en parle pas. Ainsi, Pierre de Crescentio, écrivain du XIIème siècle, indique les soins à donner aux animaux domestiques et ne fait pas mention des dindons, alors qu'il parle des paons et des perdrix ;

- ce n'est que dans des couches archéologiques datant du XVIème siècle qu'ont été trouvés les premiers restes de dindons en Europe. Cela conforte aussi l'idée de l'introduction du dindon en Europe après la découverte de l'Amérique par Colomb.

Certains pensent que les dindons ont eu pour ancêtres les phasianidés d'Asie qui auraient gagné les Amériques par le détroit de Béring, il y a bien longtemps.

                                                     (source) J.C Périquet (Traité Rustica)

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